33 La crise traversée par certains Ehpad, qui se traduit notamment par desmauvais traitements pour les résidents et un mal-être profond des équipes, a été fortement médiatisée. Elle a suscité de nombreux reportages dans la presse et des rapports, notamment parlementaires, qui explorent des solutions pour répondre à une situation parfois critique. Nous assistons néanmoins à un phénomène assez surprenant qui consiste quasi systématiquement à aboutir aux mêmes conclusions : il faut augmenter les budgets et les personnels intervenants. En France, les deux tiers des Ehpad ont plus de 30 ans, dont lamoitié plus de 45 ans. Ce sujet est peu débattu, il est pourtant central dans les souffrances des résidents et des professionnels révélées ces derniers mois. Un bâtiment inadapté engendre un confort de vie fortement dégradé pour les personnes accueillies et une surcharge de travail très importante pour les personnels. Le risque est grand de passer à côté de la complexité de la situation en tentant de répondre par la mise en place de quotas d’encadrants soignants, par exemple, certesmédiatiquement plus audiblesmais dont il n’est absolument pas acquis qu’ils répondent totalement aux enjeux posés. Cibler une capacité d’accueil suffisante Le prisme budgétaire est souvent favorisé lorsque l’on évoque les politiques publiques afin d’améliorer la situation des Ehpad. Le raisonnement naturel consiste à envisager de mobiliser des milliards d’euros pour gérer une situation devenue critique pour certains établissements. Or, nous estimons que l’alignement de milliards d’euros ne répondra pas à une remise en question en profondeur d’un état des lieux, parfois catastrophique, qui est dû en grande partie à l’inadaptation des modèles de fonctionnement encore utilisés. Dès 2016, un rapport du cabinet d’audit KPMG insistait sur le fait que la taille critique pour assurer la viabilité économique d’un Ehpad se situait entre 80 et 90 lits. Notre expérience nous permet de considérer que cette taille est plus proche de 100 lits, d’ailleurs la taille moyenne de nos Ehpad se situe autour de 120/125 lits. Alors, ne risque-t-on pas de cibler une course au «gigantisme» et la recherche de rentabilité ne risque-t-elle pas d’être privilégiée au détriment de la qualité de vie de nos résidents? Cette question n’est certainement pas taboue, nous nous la sommes posée. Et, pour l’avoir expérimenté, nous le savons, au-delàde 150 lits, le fonctionnement se complique de nouveau. Notre démarche est globale : de grands établissements, mais obligatoirement conçus sur le principe de maisonnées, pour viser la pérennité économique, donc un meilleur hébergement pour nos résidents, une meilleure qualité de vie au travail pour les équipes, des plateaux techniques pointus et, surtout, un accueil très personnalisé grâce à nos unités de vie, dirigées par nos Maîtresses de maison. La posture qui consiste à opposer rentabilité et qualité, public et privé, modèles lucratif et non lucratif, qualité des soins et taux d’encadrement «au chevet», par exemple, atteint rapidement ses limites. Additionner des chiffres et juxtaposer des moyens sans remettre en question un modèle pourtant dépassé revient à renoncer. «ADDITIONNER DES CHIFFRES ET JUXTAPOSER DES MOYENS SANS REMETTRE EN QUESTION UNMODÈLE POURTANT DÉPASSÉ REVIENT À RENONCER. » De grands établissements, conçus sur le principe de maisonnées, pour viser un meilleur hébergement pour nos résidents, une meilleure qualité de vie au travail pour nos équipes et des plateaux techniques pointus LNA SANTÉ • Face aux enjeux du vieillissement, brisons les tabous. Miser sur des établissements neufs ou reconstruits
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