Le Dossier #15

SUPPLÉMENT DÉTACHABLE #15 | JANVIER 2023 Fairede l’intervention nonmédicamenteuse une proposition incontournabledesoin

Pouvoirs publics et acteurs de santé mobilisés CHIFFRES CLÉS (1) Haute Autorité de Santé Une continuité de la démarche SENS initiée en 2020 chez LNA Santé. Plus de 20 INM recensées dans les établissements LNA Santé et 12 déployées en moyenne dans chaque établissement par les professionnels. Plus de 80 thérapeutes investis dans l’élaboration du guide INM LNA Santé et 40 relecteurs Au sein de nos Ehpad, • 50 % des INM sont assurées par les thérapeutes (dont Enseignant en activité physique adaptée, EAPA) • 25 % sont assurées par les soignants et CVSC • 25 % par des intervenants extérieurs pour accélérer le développement des interventions nonmédicamenteuses (INM) En une décennie, les interventions non médicamenteuses (INM), pratiques préventives et thérapeutiques utilisées dans de nombreux secteurs de la santé, ont connu un essor sans précédent. Dès 2011, la HAS (1) a conduit une analyse sur le développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses dont la démarche était déjà validée en France. L’enjeu était d’identifier et créer les conditions nécessaires pour lever les freins organisationnels, économiques, socioculturels et symboliques. En 2018, le ministère de la santé, dans sa « Stratégie nationale de santé 20182022 » encourageait le développement et l’évaluation des INM. Des acteurs du médico-social se sont également emparés du sujet, comme LNA Santé avec sa démarche « SENS » dès 2020, ou bien la Fondation Médéric Alzheimer qui, en 2021, a publié un guide pratique sur les INM. Pour accompagner cet essor une Société Savante rassemble les experts nationaux sur le sujet : la NonPharmacological Interventions Society (NPIS). Ainsi les INM constituent un enjeu de santé publique majeur aux atouts indiscutables. D’abord, pour les usagers engagés à mieux se soigner grâce aux INM (empowerment, meilleure observance thérapeutique), ensuite, pour les professionnels de santé, grâce à l’accomplissement de pratiques de soins valorisantes et épanouissantes (vecteur d’attractivité), enfin, pour les économies générées (réduction des hospitalisations non programmées, diminution des psychotropes, baisse de la morbi-mortalité). LNA Santé se mobilise en faveur du développement de l’usage des INM au sein de ses établissements, forme des professionnels, promeut la recherche clinique, et contribue aux enjeux et débats nationaux sur le sujet. 2 LE DOSSIER Faire de l’intervention nonmédicamenteuse une proposition incontournable de soin

Décryptage de quatre projets de recherche déjà engagés, avec le Dr. Joséphine Bertin Étude « Théra Berce » Initialement prévu en REX innovation, nous avons eu l’opportunité d’intégrer l’étude « ThéraBerce», dont leCHUdeNiceest promoteur et LNASanté, partenaire. L’objectif est d’évaluer l’effet du bercement sur l’agitation chez des personnes âgées en institution et présentant des troubles cognitifs. Nous accompagnons notre établissement participant à l’étude, la Villa de Rimiez à Nice, et l’aidons dans l’organisation de la recherche, la mise en place, le consentement, la méthodologie et la fiabilité de l’étude. Étude « Esprits libres » La seconde étude, dont nous sommes promoteur, est issue du projet « Esprits libres ». Les résultats sortiront début 2023, après une expérience hors norme menée durant quinze jours en 2022 : l’organisation d’une résidence artistique de création théâtrale, réunissant, sous un même toit, neuf soignants et neuf résidents d’unités Alzheimer venant de la Villa d’Épidaure (78). Des musiciens, une drama-thérapeute et une poétesse étaient également présents. Aucoursdecetteexpérience, unepiècede théâtre itinérante dans les différentes salles du lieu de résidence, autour du thème de la liberté, a pu voir le jour et a été présentée publiquement. Elle sera dévoilée prochainement dans un long métrage du réalisateur, BertrandHagenmüller, à l’initiative de ce projet. Cette expérience a été l’occasion de mener une recherche rigoureuse afin d’analyser l’impact de cette résidence artistique sur la qualité de vie et le bien-être des résidents. Elle s’est appuyée sur deux évaluations distinctes : une étude quantitative (évaluations à partir d’échelles de qualité de vie, comportementale, autonomie…) et une étude qualitative, fondée sur une série d’entretiens semi-directifs sur site auprès des trois publics concernés – les soignants, les résidents et les artistes – afin de croiser leurs regards et en tirer des enseignements utiles. Comme le souligne le Dr. Jouatel : « Nous attendons beaucoup des résultats de cette étude, cela doit venir nourrir nos réflexions sur l’Ehpad de demain et faire bouger les lignes sur les lieux de soins et la manière dont nous pourrions préserver le sens de la vie pour nos résidents, même les plus vulnérables. Nous partagerons ces réflexions tant en interne, avec les professionnelsde LNASanté, qu’en externe, lors de débats nationaux sur ces questions. » ÉtudeMusic Care© MusicCare© est uneapplicationnumériquemusicalepour soulager ladouleur et diminuer l’anxiété. Elle est déployée dans l’ensemble des Ehpad LNA Santé pour permettre de lancer une étudemulticentrique, randomisée et contrôlée début 2023. Sa visée ? Évaluer l’intérêt de Music Care© dans le cadre bien précis d’un refus de soin pour les résidents atteints de troubles neuro-évolutifs. Étude sur la thérapie assistée par l’animal Dernièreétude, dans lesecteur sanitairecette fois : nous commençonsuneétudeauprès de patients en gériatrie, atteints de troubles du comportement, de l’Institut Médical de Sologne (41), afin d’évaluer et de mesurer l’impact de la thérapie assistée par l’animal, dans la reprise d’autonomie. En effet, l’IMDS fait appel régulièrement, aux côtés des rééducateurs, à une thérapeute qui intervient avec des animaux domestiques auprès des patients. Cette pratique semble favoriser une accélération et une amélioration du retour à l’autonomiedespatients. Cette étudedoit permettred’objectiver et dequantifier ces premiers éléments. LA NPIS* *Non-Pharmacological Interventions Society • Constituer un espace de réflexion interdisciplinaire, interprofessionnelle et intersectorielle sur le développement de la filière des INM, • Contribuer au développement des INM par une démarche scientifique et de qualité, • Favoriser la normalisation des INM pour la santé humaine, • Promouvoir la certification des pratiques INM pour une meilleure implantation dans les parcours individuels de soins, de santé et de vie, • Impliquer tout acteur dans des projets locaux, régionaux, nationaux, européens et internationaux s’appuyant sur les référentiels de bonnes pratiques des INM, • Fédérer et accélérer la recherche et l’innovation sur les INM, • Faciliter les collaborations entre les établissements de recherche et de formation et les acteurs des domaines sanitaire, social et de la prévention santé. LNA Santé accélère la formation de ses équipes aux INM Si le processus de formation et d’acculturation des professionnels LNA Santé aux INM est largement engagé, une nouvelle formation verra le jour à destination des établissements en 2023, avec l’appui de LNA Formation. 3

Le défi des INM Les interventions non médicamenteuses ponctuent le quotidien des résidents et des soignants depuis plus de dix ans. L’INM doit être une proposition incontournable de soin, c’est le défi que s’est fixé LNA Santé, notamment pour les personnes ayant des troubles cognitifs. Être à la hauteur de cet enjeu suppose, dès à présent, de structurer notre démarche. Le guide INM édité par LNA Santé permet d’ores et déjà aux soignants de s’appuyer sur un référentiel commun, conçu PAR eux et POUR eux. Au-delà de cet enjeu, ce guide permet de rapprocher tous les professionnels de santé autour d’unemême cause : « Soigner et prendre soin ». De la disparité à l’unité Dès 2008, dans le cadre du Plan Alzheimer, il est recommandé que les personnels soignants des Ehpad mettent en place des « thérapies non médicamenteuses ». Face à l’écho favorable et des résultats réels, elles se déploient dans de nombreux établissements. Pourtant, les INM ne sont pas harmonisées, les professionnels sont peu formés, elles ne suivent aucun référentiel national et ne sont pas en lien avec les recherches cliniques existantes. Il y a donc d’un côté, un vide méthodologique et de l’autre, un fort enthousiasme des équipes, des pratiques bien réelles et des résultats encourageants. Une question émerge alors : comment construire des référentiels utiles pour les soignants et des parcours de soin cohérents au sein des établissements LNA Santé ? Partir du terrain Lorsqu’en 2020, le Dr. Laure Jouatel, gériatre et pilote de la démarche SENS, intègre LNA Santé, elle porte une conviction « je suis allée à la rencontre des équipes pour comprendre comment elles s’étaient emparées des interventions non médicamenteuses et quelles démarches elles menaient auprès des patients. À cette époque, le nom INM n’était pas encore partagé ! » L’état des lieux en 2019 recense plus de vingt INM sur l’ensemble du groupe. Les professionnels déploient en moyenne douze INM relevant d’approches cognitives, motrices ou psycho sensorielles. Par les soignants et pour les soignants Le Dr. Jouatel mise sur la confiance et l’expérience pour réaliser un guide conçu par les soignants et à destination de tous les professionnels. « Nous avons proposé à plus de 140 thérapeutes de s’impliquer à nos côtés pour formaliser cette démarche. Plus de 80 ont répondu présents ! » La suite se déroule en 3 étapes. Les personnels forment des groupes de travail et réfléchissent à leurs pratiques durant 3mois à partir d’une trame commune : définition, bibliographie, objectifs attendus en santé, fréquence des séances, critères évaluation, etc. Puis, un comité de lecture, de 40 relecteurs, constitué de CVSC(2), maîtresses de maisons, médecins coordonnateurs, RDS(3), IDE et thérapeutes amendent les travaux.Enfin,MagaliFranchet,psychologueduParcdeDiane, et le Dr. Jouatel, formalisent le format d’édition. C’est une réussite pour le guide « à spirales » qui avait l’ambition d’être lisible et compréhensible de tous ! Diffusion et sensibilisation Le déploiement du guide INM LNA Santé sera appuyé par la formation des équipes « sensibilisation/formation aux INM » et la recherche clinique (notamment autour de l’impact de Music Care© sur le refus de soin). Le guide sera présenté aux familles lors de journées portes ouvertes pour les sensibiliser et « fairedes famillesnos partenaires de soin» (autre ambition de la démarche SENS). « Aujourd’hui, la définition de l’INM (intervention nonmédicamenteuse) est collectivement partagée. Il s’agit d’un programme d’interventions ayant des objectifs de soins individualisés et évalués pour chacun des patients. » Terreau d’expériences et terrain de recherche ! (2) Coordinateur de vie sociale et culturelle (3) Responsable des soins Dr. Laure Jouatel, Directrice médicale médico-social LNA Santé 4 LE DOSSIER Faire de l’intervention non médicamenteuse une proposition incontournable de soin

Choisir d’accompagner par l’approche cognitive Cécile Gage, psychologue aux Nymphéas, et Clémence Le Quinio, psychologue clinicienne aux Jardins d’Hermine, formatrices sur le sujet des maladies neuro-évolutives et comportements troublés, forment des professionnels soignants et non soignants sur les pathologies neuroévolutives. Pour Cécile Gage, fervente ambassadrice des INM depuis plusieurs années, ce guide est précieux : « une meilleure compréhension de la maladie permet d’adapter l’accompagnement. C’est une clef indispensable. Notre regard sur le vieillissement et sur les pertes cognitives doit être lucide. Ce qui est perdu ne reviendra pas, cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire et les INM sont un moyen d’accompagner les malades tout au long de leur parcours de vie et de soins. » Repérer, prendre en compte les évolutions de la maladie et s’ouvrir à soi Accepter la personne telle qu’elle est devenue suppose de reconnaître les symptômes et de savoir, par exemple, que si le langage a disparu, pour autant, l’émotion reste présente. Tous les professionnels ont besoin de clefs de compréhension et d’analyse des comportements pour mieux accompagner et cibler les bons soins (INM adaptées). Face à un public très vulnérable, les professionnels doivent être à l’écoute des besoins des résidents mais également des leurs. Ils travaillent sur leur ressenti et leurs limites. Les INM apportent de réels bénéfices quand on sait rester dans son domaine d’expertise et quand on prend du plaisir à mener des ateliers. Or, il est peu question de cette relation d’épanouissement et de bénéfice réciproque, pourtant essentielle. Clémence Le Quinio précise « le guide INM nous incite à être en mouvement. Il y a des ponts qui se créent entre professionnels, des éveils, des intentions fortes. À mon sens, il est nécessaire d’alimenter le désir des professionnels et de soutenir celui des résidents. Le guide INM remplit ce double enjeu ! » Donner de l’élan Le guide INM propose des approches cognitives variées. Ainsi, l’atelier mémoire est autant un espace d’élaboration psychique que de stimulation cognitive. Il y a une réelle satisfaction à se joindre au groupe, à se réunir pour travailler ensemble sa mémoire. La parole et les interactions sociales favorisent aussi le sentiment d’être intellectuellement actif et acteur de sa santé. Lorsque lespatients commencent à craindre de voir la mémoire fléchir, la stimulation cognitive devient essentielle. Le travail de groupe permet de définir des objectifs individuels et collectifs. L’atelier lecture est essentiel chez des patients qui ont des questionnements répétitifs et une perte de lamémoire à court terme. Savoir se repérer en toute autonomie est une source de réassurance ! « Le guide INM nous incite à être en mouvement. Il y a des ponts qui se créent entre professionnels, des éveils, des intentions fortes. » 5

Regards croisés sur l’approche motrice Le guide tient compte de la réalité du terrain. Il implique tous les thérapeutes du groupe sur la base du volontariat. Plus encore, il ouvre les horizons en conviant tous ceux qui le souhaitent à travailler et à porter un regard neuf sur les activités motrices. Si les groupes constitués ont regroupé des psychomotriciens, des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes ou des enseignants en activités physiques adaptées, ils ont aussi accueilli des psychologues lors de temps de travail dédié en visio. Ces regards multiples ont enrichi le travail, que ce soit lors des temps de travail individuel sur la construction des fiches ou sur les temps de partage en visio. Recenser et structurer Aujourd’hui, le guide évoque 6 pratiques motrices : la gym douce, les parcours équilibre, la marche nordique, la danse, l’atelier prévention des chutes et le taï-chi. Chaque activité donne lieu à des parcours et des propositions d’évaluation pour fixer un objectif, mieux cerner les bénéfices et offrir des repères aux personnes qui souhaitent mettre en place cette pratique. « La trame commune permet de se repérer facilement dans le guide et de ne pas être noyé sous une masse d’informations » se réjouit Steven Plantevin. Avec le guide, et la participation de plus de 80 thérapeutes, l’enthousiasme est une évidence. Il est l’occasion de se poser des questions sur ses envies, ses possibles et ses habitudes. Le guide a le mérite de proposer sans imposer. Ouvrir le champ des possibles Le guide ne vise pas de solution miracle ou de parcours définitif à suivre à la lettre. Il est un compagnon de route pour les soignants, les thérapeutes et les équipes d’animation. Il ne s’agit pas d’apporter de solution toute faite. Le guide a vocation à s’enrichir et à être augmenté car les métiers et les besoins évoluent. Et en ce qui concerne les évolutions sur les INM, Steven Plantevin ne s’interdit rien : il a pu proposer à plusieurs résidents, suite au souhait formulé par une résidente atteinte de la maladie d’Alzheimer, ancienne alpiniste, de pratiquer l’escalade sur un cycle d’une quinzaine de séances. Sur les traces de ces thérapeutes, et ensemble, décrochons les étoiles avec le guide INM ! Participer au guide INM, c’est donner du sens à nos actions du quotidien. C’est comprendre que le déploiement nécessite le partage. Avec le guide, l’effet est double : ludique grâce au format, à la simplicité, aux propositions, et sanitaire grâce à l’évaluation et aux parcours thérapeutiques. Alors, suivez le guide ! Interventions nonmédicamenteuses et approchemotrice : suivez le guide ! « Ce qui nous a donné envie, en tant que thérapeutes, de contribuer à ce guide, c’est la possibilité de créer une ressource facile d’appropriation et de la rendre accessible à tous. » explique Steven Plantevin, enseignant en activités physiques adaptées à la Villa d’Épidaure depuis 2019. 6 LE DOSSIER Faire de l’intervention non médicamenteuse une proposition incontournable de soin

Approche psycho sensorielle : le corps et les émotions au service du soin L’approche psycho sensorielle est l’une des trois grandes démarches d’INM abordée dans le guide. Les fiches ont été établies à partir de données de terrain et co-écrites par des thérapeutes exerçant dans les établissements LNA Santé. « Dans les approches psycho sensorielles du guide INM nous avons cherché à proposer des activités à dimension corporelle et sensorielle. En effet, les stimulations sensorielles suscitent des ressentis et favorisent le réveil des émotions » explique Magali Franchet. Les INM psycho sensorielles ne nécessitent pas de compétence particulière et peuvent ainsi être proposées au résident tout au long de son parcours quelles que soient ses capacités physiques et cognitives. Faire émerger les émotions et communiquer autrement Les ateliers autour de l’approche psycho sensorielle s’adressent à des personnes qui peuvent avoir des troubles du vécu corporel, du comportement et de l’humeur comme la dépression, l’anxiété, l’apathie ou encore l’agitation. Les INM sont choisies et proposées en fonction des besoins et attentes de la personne, tout en tenant compte de ses goûts. L’objectif est notamment de maintenir un lien relationnel et une communication verbale et non-verbale en sollicitant les émotions, puissants vecteurs de communication. Les stimulations multi-sensorielles, inspirées du concept hollandaisSnoezelen, proposent au résident des expériences sensorielles favorisant l’émergence d’émotions, dans un cadre contenant et apaisant. Ces approches proposent une grande diversité d’INM (activité artistique, médiation animale, balnéothérapie…). S’appuyant sur les émotions et ressentis corporels, elles permettent aux résidents de communiquer autrement que par le langage verbal. L’écoute empathique du professionnel viendra porter ce langage non verbal dans le respect de chacun. Poursuivre un double objectif de prévention et d’apaisement Les approches psycho sensorielles présentent un enjeu comportemental car il permet de traiter les symptômes mais aussi de prévenir leur apparition. Par exemple, Music Care©, procédé de musicothérapie, propose des séquences musicales variées aux propriétés hypno analgésiques. Il est indiqué dans la prévention et l’apaisement de la douleur, de l’anxiété, de l’agitation mais également dans le réveil corporel et émotionnel pour prévenir et diminuer l’apathie et les troubles locomoteurs. Une étude sera menée au sein des établissements LNA Santé afin d’en évaluer son bénéfice sur les refus de soins. Pour Magali Franchet, qui a participé à la relecture et finalisation du guide, ce livret est avant tout une proposition, une guidance pour les professionnels dans la mise en place et l’évaluation des INM. « Les stimulations sensorielles suscitent des ressentis et favorisent le réveil des émotions. » 7

Pr. Grégory Ninot Parolesd’experts Votre définition de l’INM Le terme d’INM a été introduit en France par la HAS en 2011 [1]. Une INM est une intervention non pharmacologique, ciblée et fondée sur des données probantes dans le domaine de la santé, hors chirurgie et dispositif médical invasif [2]. Elle s’appuie sur des connaissances scientifiques, est tracée dans le parcours de santé/ soin, et donc diffère d’une médecine parallèle ou ésotérique [2, 3]. Précisément, une INM correspond à une « intervention psychologique, corporelle, nutritionnelle, numérique ou élémentaire sur une personne visant à prévenir, soigner ou guérir. Elle est personnalisée et intégrée dans son parcours de vie. Elle se matérialise sous la forme d’un protocole. Elle mobilise des mécanismes biopsychosociaux connus ou hypothétiques. Elle a fait l’objet d’au moins une étude interventionnelle publiée et menée selon une méthodologie reconnue ayant évalué ses bénéfices et risques » [4]. Concrètement, une INM est une intervention ayant un impact démontré sur la santé, et non pas une procédure d’examen ou un test conduisant à un diagnostic ou un bilan. « Une INM est une intervention ayant un impact démontré sur la santé. » Grégory Ninot est Directeur adjoint à l’Institut Desbrest d’Épidémiologie et de Santé Publique (Université de Montpellier - INSERM). Il est aussi chargé de recherche en soins de support à l’Institut du Cancer de Montpellier et Président de NonPharmacological Intervention Society (NPIS). [1] HAS. Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses validées. Saint-Denis : HAS, 2011, p. 94. [2] Ninot, G. (2019). Guide professionnel des interventions non médicamenteuses (INM). Paris : Dunod. [3] HAS. Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : diagnostic et prise en charge. Saint-Denis : HAS, 2011, p. 29. [4] Ninot G, Bernard PL, Nogues M, Roslyakova T, Trouillet R. Rôle des interventions non médicamenteuses pour vieillir en bonne santé. Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement 2020 18(3), 305-310. Une INM suit sept principes. Elle : 1 - Est uneméthode non pharmacologique, spécifique et non invasive dont le protocole est clairement décrit (tableau ci-contre), 2 - Présenteunedominantepsychologique, corporelle, nutritionnelle, numérique ou élémentaire visant à prévenir, soigner ou guérir un problème de santé connu de la médecine moderne, 3 - S’ intègre dans une stratégie personnalisée de santé (préventive, thérapeutique le cas échéant, combinée à un traitement biomédical si nécessaire), 4 - Est administrée par un professionnel formé spéci f iquement à ses conditions d’implémentation (alliance thérapeutique, environnement facilitateur, précautions, éthique), 5 - Mobilise des mécanismes multiples, systémiques et dynamiques expliqués rationnellement, 6 - Dispose de bénéfices sur la santé démontrés par des études interventionnelles rigoureuses, intègres et convergentes (données probantes), 7 - Présente des risques pour la santé identifiés (effets secondaires, interactions à risque, sujets non répondeurs, risquesmajeurs, contextes inappropriés) pour lesquels le praticien met tout en œuvre dans le but de les limiter. Quel intérêt pour les Ehpad ? Les INM sont des solutions essentielles dans les Ehpad pour améliorer la longévité, l’autonomie et la qualité de vie. Elles complètent des traitements biomédicaux, les activités socio-culturelles et permettent de réduire les dépenses biomédicales non programmées (traitements, hospitalisation). Quelles ambitions pour demain ? L’enjeu est d’une part d’accélérer la recherche pour identifier les INM pertinentes pour des populations âgées cibles et d’autre part de créer un référentiel des INM. La société savante NPIS y travaille depuis 2021 avec le lancement d’un référentiel pilote pour les maladies neuro-évolutives à travers le site bienvieillirinm.fr 8 LE DOSSIER Faire de l’intervention non médicamenteuse une proposition incontournable de soin

Dr. Thierry Bautrant Votre définition de l’INM Les interventions non médicamenteuses peuvent être bénéfiques dans plusieurs domaines (elles peuvent produire du lien social, du plaisir, etc.) mais elles peuvent être aussi et surtout thérapeutiques lorsqu’elles sont « personnalisées ». Elles correspondent alors au concept de « TNMP » que j’ai créé et qu’il faudra développer dans tous nos Ehpad : identification du trouble, recherche de la cause, mise en lien avec le projet personnalisé et mise en place d’une thérapie personnalisée. Thierry Bautrant est psychiatre, géronto-psychiatre, expert auprès du tribunal de Marseille, Président de l’Association des aidants A3, pilote-expert du dispositif « PASA de nuit » avec l’ARS PACA, Président de la FNADEPA-13 (Fédération Nationale des Associations de Directeurs d’Établissements pour Personnes Âgées des Bouches-du-Rhône) « Les interventions non médicamenteuses peuvent être bénéfiques dans plusieurs domaines. » Désignation de l’INM Nom (abréviation, synonyme) Auteurs Nom, institution Objectif de santé Problème principal de santé à prévenir, soigner ou guérir Bénéfices secondaires Bénéfices complémentaires Risques Effets secondaires, interactions à risque, non répondeurs Mécanismes Mécanismes d’action, processus Population Caractéristiques des sujets répondeurs vs. non répondeurs (ou à risque) Contenu Composants (ingrédients, techniques, gestes), procédure (séances, dose, durée), matériel requis Contexte d’utilisation Lieu de pratique, temporalité dans le parcours, recommandations de bonnes pratiques Intervenant Métier, formation initiale, formation continue Présentation d’une INM Quel intérêt pour les Ehpad ? • Une action thérapeutique. • Un développement de la bientraitance. • Une mise en sens du travail du personnel et donc un moindre épuisement. • Une diminution des coûts (baisse des psychotropes, du turnover du personnel et donc des remplacements). Quelles ambitions pour demain ? Développer les TNMP dans tous les Ehpad, de jour et même de nuit (développement des PASA de nuit). 9

Dr. Kevin Charras Votre définition de l’INM Qu’onlesnommeinterventions/thérapiesnonmédicamenteuses, psychosociales et environnementales, ou autre, celles-ci ont toutes pour objectif de rétablir un état de bien-être et de fonctionnement optimal. Ces interventions peuvent remédier, au moins partiellement, à certaines difficultés que rencontrent les personnes atteintes de syndromes neuro-évolutifs, qu’elles soient denature psychologiques, comportementales, affectives, cognitives, motrices, sensorielles... Quel intérêt pour les Ehpad ? Ces interventionspermettent d’accompagner despersonnes en Ehpad selon 3 schémas : • En traitement d’attaque ou immédiat essentiellement destinées à atténuer la survenue de troubles du comportement (anxiété, agression, agitation, apathie...) à court ou moyen terme, en traitant directement la cause perturbatrice (propre à la personne ou provenant de son environnement) du symptôme identifié : gestiondes troubles à l’aidede techniques comportementales (relaxation, diversion...), sociales (orientation dans la réalité́, approche relationnelle...), sensorielles (stimulationmulti-sensorielle,musique,massage...) ou environnementale (réduction des stimulations, du nombre de personnes ou d’éléments environnementaux portant à confusion...). Le recours à des outils spécifiques (activités flashs, objet transitionnel, tablette tactile, lumières colorées...) est parfois nécessaire ; • Entraitementthérapeutique dont l’objectifestd’atténuerun symptôme ou d’améliorer un fonctionnement (psychologique, cognitif, social, comportemental ou moteur) durablement. Le plus souvent ces interventions utilisent des techniques ciblant directement les processus précités dans l’intention de modifier le fonctionnement de l’individu et de l’aider à vivre avec ou bien à surmonter les symptômes provoqués par la maladie. Elles se réalisent généralement par la mise en place d’ateliers individuels ou collectifs au long cours et réguliers sur des périodes s’étalant de 6 à 12 semaines ou plus, en fonction de la nature et de la sévérité des troubles ciblés (musicothérapie, stimulation cognitive, danse, dramathérapie, médiation animale...). Elles font appel à des compétences et des qualifications spécifiques des intervenants, parfois régulées par un diplôme d’État ou le suivi d’une formation, et nécessitent une attention particulière dans leur déroulement, leur mise en œuvre et leur évaluation sur le terrain ; • En modalité d’accompagnement par l’intermédiaire du cadre de vie : les activités de la vie quotidienne (cuisine, ménage, toilette, jardinage...) et les animations mobilisent un grand nombre de processus cognitifs, comportementaux, moteurs, affectifs et sociaux et le cadre de vie est un support essentiel pour ces activités. Le fait d’y participer redonne aux personnes un sentiment d’efficacité et d’autonomie, ainsi qu’une meilleure estime de soi. Elles se centrent sur des activités connues et appréciées des résidents qui les choisissent selon leur motivation, leurs préférences et leurs compétences. Plusieurs approches trouvent leurs fondements dans les activités de la vie quotidienne et le cadre de vie : la Validation, l’approche Montessori... Quelles ambitions pour demain ? Les interventions non médicamenteuses ou psychosociales ont de beaux jours devant elles car, même si l’on trouve un traitement médicamenteux, les personnes auront toujours besoind’êtreaccompagnées. Il restenéanmoinsbeaucoupà faire pour les démocratiser en Ehpad, en améliorer leur efficacité et permettre leur application efficiente sur le terrain, en termes de formation initiale et continue des professionnels, de recherche, d’applicationoudepolitiquede santépublique. Ces interventions doivent continuer de se développer par la combinaison des connaissances scientifiques, cliniques, pédagogiques et de terrain, ainsi que par la mutualisation des moyens entre établissements, avec le soutien des autorités, afin d’en garantir l’accessibilité́ au plus grand nombre. « C’est la combinaison des connaissances scientifiques, cliniques, pédagogiques et de terrain que ces interventions doivent continuer de se développer. » Kevin Charras, est docteur en psychologie, diplômé de l’Université de Paris. Il est Directeur et co-fondateur du LLV2 (Living Lab Vieillissement et Vulnérabilités, CHU Rennes), membre permanent du LSD (Laboratoire des Solutions de Demain) de la CNSA, Président du Kozh Ensemble – Gérontopôle de Bretagne, enseignant à l’université, pilote de nombreux projets de recherche. 10 LE DOSSIER Faire de l’intervention non médicamenteuse une proposition incontournable de soin

Comment pensez-vous faciliter le déploiement du guide INM au sein de l’établissement ? Ceguidepeut êtreunnouveauvecteur de communication entre professionnels. On pourrait, par exemple, l’utiliser sur les projets personnal isés. Comme chacun le sait, chaque résident de l’établissement possède un projet individualisé. Pourquoi ne pas constituer des équipes pluridisciplinaires pour positionner des ateliers en lien avec les objectifs à l’aide du tableau présent au début du guide, qui peut être très utile en staff résident notamment ? Usages pratiques du guide INM « Qu’on ait un regard de soignant ou autre, le guide est facile d’utilisation et très compréhensible. » Entretien avec Alice Coulournat, psychologue dans l’établissement La Villa des Poètes Quelles sont les utilisations du guide possibles ? En tant que formatrice au sein de LNA Formation sur le sujet des maladies neuro-dégénératives et comportements troublés, je vois le guide INM comme un complément de notre formation. Il s’agit d’une sorte de vademecum, qu’on peut emmener partout avec soi car le format est adapté. Qu’on ait un regard de soignant ou autre, le guide est facile d’utilisation et très compréhensible. Demain, il donnera peut-être envie d’essayer de mettre en place des ateliers nouveaux comme la cuisine thérapeutique ou les ateliers réminiscences. Il peut aussi tout simplement nous questionner sur nos manières de faire, nous ajuster ou clarifier nos objectifs individuels et collectifs. J’ai l’impression qu’il permet de donner un souffle nouveau à nos pratiques et à nos réflexions. Quelles sont les perspectives pour ce guide ? Il yenauraautantqu’il yaurade lecteurs ! Chacun peut se l’approprier. Que vous travailliez dans un PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés) le jour ou la nuit, que vous soyez habitués au contact avec des résidents ou déjà formés à la démarche, le guide n’est pas prescriptif, il est plutôt un outil de mutualisation, de partage, de propositions. De notre côté, nous aimerions qu’il puisse être présenté aux familles pour que le projet INM soit intégratif. Après un temps d’observation, nous pourrions mettre en place un parcours cohérent, lisible et co-construit avec les familles. 11

Faire vivre le guide Lors des journées métier des coordinateurs de vie sociale et culturelle (CVSC), le guide a été présenté aux équipes par le Dr. Jochum, suivi d’un temps d’animation avec Rita Michel, Ludovic Loyeau De Souza Santos et le Dr. Jouatel. Quelles sont les pratiques déjà mises en place dans l’établissement ? Quelles sont les difficultés rencontrées et comment les lever ? Ils rassemblent les professionnels autour du guide en insistant sur le sens de la démarche. Cette présentation concerne aussi les médecins coordonnateurs, les responsables des soins, les thérapeutes et les maîtresses de maison. L’idée de ce partage ?Que tout lemondepuisses’en imprégner, équipes des établissements et familles des résidents. « Au Parc de Diane, nous consacrerons un temps spécial pour en parler aux familles avec une journée portes ouvertes. De même, nous incitons les infirmières à évoquer le sujet lors des points avec les médecins généralistes. Il s’agit de croiser nos regards pour que le résident soit pris en compte dans toutes ses dimensions cognitives, physiques, et psycho sensorielle. » explique le Dr. Jochum. Sur le terrain, comment ça se passe ? Lors du staff résident hebdomadaire, on peut suggérer une INM adaptée à la problématique exposée. L’idée est de combiner le point sur les traitements médicaux avec celui sur les INM. Pour un résident qui a chuté, on peut proposer un parcours d’activités physiques adaptées, un atelier prévention des chutes… Qu’il s’agisse d’une baisse de l’alimentation, de perte de mémoire, de chutes ou de dépression/anxiété, les INM sont toutes indiquées pour accompagner le résident à toutes les étapes de sa vie et devenir une proposition incontournable de soin. Témoignage de Rita Michel, CVSC : pourquoi attendre ? « Au sein des Jardins d’Olonne, la démarche SENS infuse auprès de tous grâce, notamment, au COPIL SENS, créé avec la direction, qui réunit les thérapeutes, les maîtresses de maison et le personnel soignant de l’établissement. Rita Michel a présenté le guide et proposé la création de binômes dans l’objectif de permettre aux soignants de perfectionner leurs animations et de professionnaliser leurs interventions grâce au regard et à l’expérience des thérapeutes. Dans le cadre d’un nouvel atelier « danse à tout âge », thérapeutes, soignants, aidés et aidants se sont retrouvés sous la houlette d’une intervenante extérieure. Durant 10 semaines, ils se sont entraînés et ont proposé un spectacle. Quelle émulation et quel résultat ! Le public est venu nombreux pour bénéficier de ces bonnes ondes collectives. » Le guide INM : à vos marques, prêts, feu, partez ! Ce dossier a été préparé et rédigé par LNA Santé dans le cadre de son Magazine semestriel. N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’informations : communication@lna-sante.com Directrice de la publication : Marie-Laure Levêque • Conception : Nouvelle Vague • Réalisation : Liner MorganView • Photos : LNA Santé, Franck Gallen • Imprimé sur papier PEFC avec encres végétales par Goubault, imprimeur certifié ISO 14001 à La Chapelle-sur-Erdre Soigner et prendre soin explique Marielle Jochum, MEDEC au Parc de Diane. « Plus le guide circulera, plus il fera partie du quotidien, plus ses actions seront mises en œuvre, plus les résidents en percevront les bénéfices. Ce guide est notre fil rouge. Il nous incombe de le faire vivre. » LE DOSSIER Faire de l’intervention non médicamenteuse une proposition incontournable de soin

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