52 26. E urostat, prévisions 2015-2018, février 2017 27. S ource Insee 28. «Le vieillissement de la population et ses enjeux – Fiche d’analyse de l’Observatoire des territoires 2017», Observatoire des territoires, Commissariat général à l’égalité des territoires, janvier 2018 29. B ilan démographique 2015 30. «Les papys qui font boom – la longévité, une chance pour tous», Solar éditions, février 2018 31. Sources : synthèse du débat national sur la dépendance (2011), rapport Cour des comptes sur «Le maintien à domicile des personnes âgées en perte d’autonomie», juillet 2016 32. S ource: Cour des comptes selon différentes études d’opinion ❃ Sortir d’une vision dogmatique du secteur de la santé Le système de santé français fait incontestablement notre fierté nationale. Citoyens et responsables politiques sont conscients de bénéficier d’un service de haut niveau allié à une prise en charge basée sur la solidarité qui constituent un atout majeur pour les Français. Toutefois, notre système atteint ses limites et il a d’ores et déjà engagé une mutation en profondeur qui entraîne des tensions économiques, sociales et politiques. La « crise des Ehpad » apparue en 2017 et relayée par les médias est un élément parmi d’autres de cette mutation. La dépendance, comme les autres grands champs de la santé en France, n’échappe pas à son lot d’a priori, de combats dogmatiques et, parfois, de postures qui prennent le risque de nous écarter des enjeux et de leur complexité. Il est fréquent d’opposer le service public de la santé au secteur privé, pourtant lui aussi contributeur de «missions d’intérêt général » et inscrit dans la même démarche de qualité, d’efficience et même d’implication dans la recherche et la mise en place d’approches innovantes. Les oppositions, souvent artificielles, entre les secteurs privé et public sont parfois motivées par des approches dogmatiques toujours regrettables et coûteuses en perte d’efficacité. En cequi concerne laprise en chargede laperted’autonomie, nous sommes confrontés aux mêmes risques. Ainsi, il est fréquent de lire ici ou là, y compris dans des rapports parlementaires, que des exemples de belles réussites existent à l’étranger en omettant de préciser qu’elles sont déjà déployées en France, au prétexte qu’elles sont portées par le secteur privé commercial. De la même façon, on observe souvent des approches strictement budgétaires ou basées sur le nombre de professionnels à mobiliser quand il serait souhaitable de revoir nos paradigmes plus en profondeur. Nous sommes convaincus qu’une meilleure prise en charge de la perte d’autonomie repose sur une révision profonde des idées reçues qui passe par l’acceptation qu’une politique efficace ne semesure pas nécessairement qu’au nombre de milliards d’euros d’argent public mobilisés. ❃ Le grand âge, un enjeu collectif Selon Eurostat, la part des personnes de 65 ans et plus serait de 28,5% en Europe en 2050, si l’on retient le scénario central26. Toutefois, dans les pays de l’ouest et du centre de l’Europe, ce taux serait de 26% contre près du tiers de la population pour les pays du sud de l’Europe. En France, la part des personnes de 65 ans et plus est passée de 13,9% de la population en 1990 à 17,9% en 201327. Dans sa dernière note, «Le vieillissement de la population et ses enjeux», l’Observatoiredes territoires28 relèvedes inégalités dans les situations des territoires et précise que « la population âgée s’accroît fortement dans le périurbain ancien, dans certaines métropoles (Paris, Nantes, Rennes, Montpellier, etc.) et dans des espaces frontaliers de l’Est». Le vieillissement des littoraux atlantique, languedocien et de la Côte d’Azur ainsi que de l’arrière-pays provençal s’accélère égalementavecuneaugmentationde lapartdepopulationde 65 ans et plus de 2,7% par an entre 2008 et 2013. Ces territoires font l’objet d’un «ciseau migratoire», les jeunes les quittant quand une population plus âgée s’installe en nombre. Néanmoins, il convient de rappeler que la dépendance survient de plus en plus tard. Le vieillissement de la population est donc également synonyme d’apport économique positif dans les régions concernées,même s’il apparaît indispensable d’anticiper une augmentation des besoins en ce qui concerne la prise en charge de la perte d’autonomie dans les années à venir. Ces territoires sont également les moins pourvus en capacité d’accueil en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Or, lespersonnesâgéesde85anset plusdevraient représenter 5,8 millions en 2060, soit un triplement entre 2010 et 2060, selon l’Insee29. Sur la même période, l’organisme prévoit une augmentation de 40% du nombre de personnes âgées dépendantes entre 2010 et 2030 et de 100% entre 2010 et 2060. Ainsi, la dépendance concernait 1 170000 personnes en 2010, toucherait 1610000 personnes en 2030, puis 2020000 en 2040. On mesure, face à ces chiffres, l’enjeu qui est celui de notre société face à la prise en charge des personnes âgées dépendantes dans un proche avenir. Toutefois, le vieillissement de la population et même le «grand âge» ne peuvent être appréhendés sous le seul angle de la dépendance, comme le souligne très justement le Professeur de médecine gériatrique Gilles Berrut dans l’un des rares ouvrages consacrés à ce sujet30. Selon la Drees, le taux de dépendance est de 8% parmi les personnes âgées de 60 ans et plus, de 17% pour les personnes de 75 ans et plus et de 20% pour les personnes de 85 ans et plus. Il atteint 63% pour les personnes âgées de 95 ans et plus31. Dans un rapport de juillet 2016consacréaumaintienàdomicile des personnes âgées en perte d’autonomie, la Cour des comptes brise une idée reçue selon laquelle le recours à un hébergement collectif est en corrélation avec la gravité de la dépendance de la personne. Dans la réalité, 90% des Français souhaitent un maintien à domicile32 alors que la Cour des comptes relève dans son rapport que « le maintien à domicile n’est pas, en toutes circonstances, la solution optimale, en termes économiques oude situations individuelles, par rapport à une prise en charge en hébergement collectif». LaCour regretteun recoursencore trop limitéà l’Hospitalisation à domicile, à l’accueil de jour ou à l’hébergement temporaire en Ehpad.
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