Face aux enjeux du vieillissemernt, brisons les tabous

La longévité : une chance pour la reconnaissance de la personne âgée par leProfesseurGillesBerrut, RESPONSABLE SCIENTIFIQUE ET FONDATEUR DU GÉRONTOPÔLE DES PAYS DE LA LOIRE, CHEF DU PÔLE HOSPITALO-UNIVERSITAIRE DE GÉRONTOLOGIE CLINIQUE, CHU NANTES, ANCIEN PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE GÉRIATRIE ET GÉRONTOLOGIE Une vie dans la continuité de la longévité La durée d’une vie s’inscrit dans une continuité qui est celle de l’unicité de la personne. C’est une évidence. Et pourtant, certaines périodes de vie peuvent être ressenties comme une rupture qui fait oublier cette unicité. Mais la longévité de la vie nous rappelle l’unicité d’une histoire ce que le terme vieillissement n’indique plus. En fait, le vieillissement, depuis le XIXème siècle dans notre culture, signifie le déclin. Or, nous sommes invités aujourd’hui à vivre plus longtemps que les générations précédentes, et fait récent, avec une qualité de santé et d’autonomie jamais égalées. Les données épidémiologiques sont convaincantes, puisque seuls 17% des personnes de plus de 80 ans sont dépendantes et pendant une durée relativement courte de 18 mois. D’ailleurs, il devient banal d’accueillir en secteur gériatrique des personnes de plus de 90 ans qui , jusqu’à cet âge avancé, n’avaient que peu de relation avec le monde médical. Et chez les personnes âgées qui ont des difficultés, nommées dépendance, elles ne sont pas victimes d’unvieillissement,maisprésentent une pathologie cérébrale qui altère leur capacité d’autonomie fonctionnelle. Il est convenu, aujourd’hui, d’intituler ces pathologies de maladies neurodégénératives, répondant à des processus pathologiques précis, même s’ils sont complexes. Au regarddesconnaissancesacquises, il nous est possible d’affirmer que les altérations qui surviennent correspondent à des processus pathologiques, et ne doivent pas devenir pour autant lesubstitutdenotrecompréhension et notre approche de l’autre, dans le caractère unique de sa personne. Vieillir avec unemaladie : la spécialisation des soins est une garantie du prendre soin. Les altérations cérébrales causes de la perte d’autonomie, imposent des soins à haute valeur professionnelle. L’équipe médico-soignante doit, à la fois, assurer une médecine gériatrique complexe des maladies chroniques, des déficits sensoriels, métaboliques et nutritionnels avec une grande rigueur de prescription médicamenteuse ; les soignants doivent assurer le confort d’hygiène, et de vie relationnelle ; et, ensemble, avec une animation spécifique, favoriser les stimulations cognitives pour mainteni r les capacités restantes et renforcer l’estime de soi . L’ensemble s’inscrit dans un prendre soin, al l iance de technicité et d’empathie professionnelle. Déplacer les frontières et valoriser le prendre soin Il est essentiel d’affirmer et demettreen œuvre lesconditionspour faireémerger la personne dans sa particularité, dans son unicité et dans la cohérence de son individualité. Parfois laparesse intellectuelle impose des catégories entre les acteurs. La plus fréquente est de distinguer privé et publicou lucratif et non lucratif. Mais fondamentalement, la seule distinction qui mérite d’être soulignée, c’est la différence entre les organisations qui, de manière effective, placent lapersonneau centrede l’organisation, de la pratique des professionnels et du plan d’aide; et celles, qui tout en disant qu’elles le font, sont centrées sur la préservation de leur organisation dans ses habitudesde fonctionnement. Cesdernières se bercent d’une fausse impressionde confort, mais qui, au long terme, altèrent profondément la qualité de vie au travail. L’inconfort moral est source d’épuisement aussi ! Au regard de l’amplitude de la transition démographique, tous les acteurs publics et privés participeront à une prise en soins et un accompagnement des personnes âgées. Créons des ponts, pour que servir la personne âgée dans son unicité soit vraiment l’authent ique marqueur de notre participation, chacun à notre place, à un service pour le public. Car, notre enjeu commun et collectif est bien notre capacité, aux uns et aux autres, à prendre en charge la personne dans l’inaltérable particularité de ses droits. 10

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