Sexualité et cancer : oser en parler, trouver des réponses

Date de publication : 11/03/26
Date de mise à jour : 12/03/26

Le cancer vient souvent bousculer l’intimité, l’image de soi, le désir, la façon d’entrer en relation avec l’autre. Beaucoup de personnes malades et de couples se taisent par pudeur, par peur d’être jugés ou de paraître déplacés face à la maladie. Pourtant, la sexualité peut être  une source de réconfort, de bien-être, même au cœur des traitements.

Cet article vous propose des repères pour mieux comprendre ce qui change, oser en parler et trouver des solutions concrètes. Il s’adresse à vous, personne malade, mais aussi à vous, proche aidant ou partenaire, qui vous interrogez sur votre place et sur la vie intime pendant et après le cancer.

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Comment le cancer et les traitements peuvent bousculer la sexualité

La sexualité est un ensemble de paramètres : désir, excitation, sensations, plaisir, mais aussi tendresse, proximité, image de soi. Le cancer et ses traitements peuvent agir sur chacun de ces aspects.

Le corps qui change

Selon le type de cancer et les traitements, le corps peut être marqué de plusieurs manières :

  • Cicatrices, ablation d’un sein ou d’un testicule, stomie, sonde, stomie urinaire ou digestive ;
  • Perte ou repousse des cheveux, modification du poids, œdème, changements de la peau ;
  • Douleurs, gêne physique, baisse de mobilité.

Ces transformations peuvent rendre plus difficile le fait de se regarder, de se laisser regarder ou d’accepter le contact. On peut avoir peur de « dégoûter », de ne plus être désirable, ou au contraire de blesser l’autre en posant la main au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce malaise est fréquent et ne signifie pas que l’on n’aime plus, mais que l’on a besoin de temps pour apprivoiser ce corps nouveau.

Le désir en berne

Le désir sexuel peut diminuer, voire disparaître temporairement. Plusieurs facteurs peuvent se combiner :

  • Fatigue intense liée aux traitements, aux rendez-vous médicaux, aux nuits courtes ;
  • Douleur chronique, sensations d’inconfort ;
  • Troubles hormonaux (traitements hormonaux, ménopause induite, baisse de testostérone) ;
  • Anxiété, peur de l’avenir, ruminations, humeur dépressive.

Certaines personnes ressentent au contraire une forme de recherche de contact plus forte, pour se rassurer, se sentir « vivant ». Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réaction. L’essentiel est de comprendre que ce que vous ressentez est cohérent avec ce que vous traversez.

Des effets spécifiques selon les cancers et les traitements

Certains cancers et traitements associés peuvent se traduire par l’apparition de difficultés :

> Après certains traitements des cancers du sein, gynécologiques ou digestifs, des douleurs ou une sécheresse vaginale peuvent rendre la pénétration difficile ou impossible sans adaptation ;

> Après des traitements pour cancer de la prostate ou d’autres cancers pelviens, des troubles de l’érection ou de l’éjaculation sont fréquents ;

> La radiothérapie dans la région pelvienne peut fragiliser les muqueuses et modifier les sensations ;

Certains médicaments induisent une ménopause précoce ou des variations hormonales importantes, avec bouffées de chaleur, baisse de lubrification, baisse de désir.

Ces difficultés ne sont pas un échec personnel. Elles sont la conséquence de soins indispensables pour traiter la maladie. Il est important de savoir que, dans de nombreux cas, des améliorations sont possibles avec le temps et des prises en charge adaptées.

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Pourquoi est-il si difficile d’en parler ?

Beaucoup de personnes racontent qu’elles n’ont jamais osé aborder la sexualité avec leur équipe soignante. De leur côté, certains professionnels de santé n’osent pas toujours poser la question spontanément, bien que ce soit aujourd’hui, de plus en plus fréquent.

Les freins côté patients

Beaucoup de malades ou de proches ont peur de déranger ou de faire perdre du temps aux professionnels de santé avec des questions intimes et de sexualité, qu’ils jugent parfois « secondaires » par rapport à leur situation. Il existe aussi une honte de parler de son corps, de ses organes génitaux, de ses difficultés d’érection ou de lubrification.

Ces freins sont compréhensibles et peuvent prendre ancrage sur des tabous sociaux ou des expériences passées, parfois peu bienveillantes, autour de la sexualité.

Les freins côté proches et partenaires

Le ou la partenaire peut aussi s’enfermer dans une forme de non-dit :

  • Peur de blesser en évoquant la sexualité ;
  • Peur d’être rejeté ou de mettre la pression ;
  • Impression que ce n’est pas le moment de parler de ça, alors que la priorité est la santé.

Ce non-dit peut créer des malentendus en cascade : l’un se tait pour protéger, l’autre interprète ce silence comme un désintérêt ou une absence de désir.

Oser la parole : avec les soignants, avec son partenaire

Parler de sexualité pendant un cancer n’est pas un caprice ou de l’égocentrisme. C’est prendre soin d’une dimension importante de sa santé et de son couple.

Avec l’équipe soignante

Vous pouvez évoquer les questions portant sur la sexualité avec :

  • Votre médecin spécialiste en oncologie, chirurgien, médecin généraliste ;
  • L’équipe pluridisciplinaire (dans le cas d’une hospitalisation en SMR par exemple) (psychologue,infirmier, sage-femme, kinésithérapeute, etc.) ;
  • Les professionnels des établissements d'hospitalisation à domicile, si vous bénéficiez de ce type de prise en charge

Quelques phrases possibles pour ouvrir la discussion :

  • « J’ai des questions sur ma vie intime depuis le début des traitements, à qui puis-je en parler ? »
  • « J’ai mal pendant les rapports, est-ce qu’il y a des solutions ? »
  • « J’ai l’impression que mon désir a beaucoup changé, est-ce que c’est lié aux traitements ? »

Si la personne en face de vous n’est pas à l’aise ou n’a pas les réponses, elle peut être amenée à vous orienter vers un collègue spécialiste du sujet,

Avec son ou sa partenaire

Dans un couple, la sexualité se construit à deux. Il est possible de traverser cette période en restant complices, même si la forme de la sexualité change.

Voici quelques pistes pour aborder sereinement le sujet :

  • Choisir un moment calme, en dehors d’un rapport sexuel ;
  • Parler au « je » plutôt qu’au « tu » : « Je me sens moins à l’aise avec mon corps », « J’ai peur que tu me trouves moins désirable » ;
  • Exprimer ses besoins concrets : « J’aurais besoin qu’on se prenne dans les bras », « J’aimerais qu’on ralentisse pendant les rapports », « J’ai besoin que tu me demandes avant de toucher certaines zones ».

Vous pouvez aussi décider ensemble de consulter un professionnel (psychothérapeute de couple, sexologue, psychologue) pour avoir un espace de parole sécurisé et guidé.

Adapter sa sexualité : des pistes concrètes

L’objectif n’est pas de chercher à tout prix à retrouver la situation d’avant, mais d’apprendre à construire une intimité ajustée à votre situation actuelle, sans douleur inutile ni pression de performance.

Redéfinir ce que l’on appelle sexualité

Rappelons que la sexualité ne se résume pas à la pénétration.

Elle inclut également :

  • Les caresses, les massages, les baisers ;
  • Les moments de tendresse, de proximité, de peau à peau ;
  • La masturbation en solo ou en couple ;
  • Le fait de se sentir proche, désiré, regardé avec bienveillance.

Dans certaines périodes, il sera peut-être plus simple de privilégier ces formes de contact plutôt que des rapports avec pénétration. Cela ne vaut pas moins qu’une « vraie sexualité » au sens classique du terme.

Prévenir et soulager la douleur

Si les rapports sont douloureux, il est important de ne pas insister. La douleur entretient la peur et peut bloquer le désir.

Il existe des solutions :

  • Utilisation de lubrifiants adaptés (non irritants, éventuellement compatibles avec le préservatif) en cas de sécheresse vaginale ;
  • Prescription de traitements locaux (gels, ovules, crèmes) par un professionnel de santé ;
  • Prise en charge des douleurs chroniques (douleurs pelviennes, cicatricielles, neuropathiques) par des spécialistes de la douleur ;
  • Rééducation pelvi-périnéale, parfois proposée après certains traitements gynécologiques ou urologiques.

Si vous avez des troubles de l’érection, des options peuvent être envisagées (médicaments, injections, dispositifs mécaniques) avec votre médecin généraliste ou un urologue. L’objectif est toujours de privilégier un confort partagé, jamais de vous imposer une performance.

Prendre en compte la fatigue

La fatigue liée au cancer est particulière. Elle est profonde et persistante, même avec du repos.

Pour tenir compte de cette réalité :

  • Choisissez des moments de la journée où l’énergie est plus présente ;
  • Privilégiez des positions où la personne la plus fatiguée fournit peu d’efforts physiques ;
  • Acceptez que le rythme change : moins souvent, plus court, plus doux.

Vous avez le droit de dire non, de dire oui, ou de demander un simple calin, si c’est votre désir du moment.

Prendre soin de son image de soi et de son désir

La sexualité est intimement liée à l’estime de soi. Se sentir désirable commence souvent par le fait de se regarder soi-même avec un peu de douceur.

Retrouver un lien avec son corps

Certains gestes simples peuvent aider à réhabiliter son corps :

  • Prendre le temps, seul, de se regarder avec un miroir, à son rythme, sans se forcer ;
  • Se masser une zone du corps que l’on aime encore ou que l’on supporte mieux, pour réassocier le toucher au plaisir ;
  • Choisir des vêtements, sous-vêtements ou accessoires dans lesquels on se sent un peu plus soi-même, même si ce n’est pas comme avant ;
  • Pratiquer une activité physique adaptée (APA), quand c’est possible, pour retrouver des sensations de force, de respiration, de mouvement.

Ce travail peut se faire avec l’aide d’une psychologue, d’une socio-esthéticienne, d’un kinésithérapeute spécialisé, selon ce qui est proposé dans les structures qui vous accompagnent.

Accepter que le désir évolue

Le désir fluctue au cours de la vie, et encore plus dans un contexte de maladie grave.

Vous pouvez :

  • Observer les moments où le désir se manifeste encore (fantasmes, pensées, envies furtives) ;
  • Vous autoriser à les accueillir sans jugement, même si les traitements sont en cours ;
  • En parler avec un professionnel si le blocage semble durable et douloureux pour vous.

L’objectif n’est pas de reprendre une vie sexuelle « normale » selon un modèle extérieur, mais de trouver un équilibre qui vous convient, seul ou en couple.

Se faire accompagner : vers qui se tourner ?

Selon votre lieu de vie et votre parcours de soins, vous pouvez accéder à plusieurs ressources :

  • L’équipe d’oncologie ou de radiothérapie : premier contact pour poser vos questions.
  • Des professionnels de santé: psychologues, sexologues, sage-femmes, infirmières…
  • Les structures de soins médicaux et de réadaptation (SMR) spécialisées en oncologie, les hôpitaux à domicile, les plateformes d’accompagnement et de répit pour les aidants : elles peuvent intégrer ce volet dans un accompagnement global, en lien avec la douleur, la fatigue, l’image de soi.
  • Certaines associations de patients et de proches, ou réseaux régionaux de cancérologie, proposent des ateliers, des groupes de parole ou des ressources spécifiques sur la sexualité et le cancer.

N’hésitez pas à demander si ce type de soutien existe dans l’établissement où vous êtes suivi ou dans le réseau de soins qui vous accompagne.

Les questions fréquentes sur la sexualité et le cancer

Non. Le cancer et ses traitements peuvent modifier la sexualité, parfois la mettre en pause, mais ils ne vous retirent pas le droit au plaisir, à l’intimité, à la tendresse. La forme de la sexualité peut toutefois changer, en s’adaptant à votre état de santé et à vos envies.

Dans la grande majorité des cas, oui, à condition que vous vous en sentiez capable et que cela ne soit pas douloureux. Il peut être recommandé d’utiliser un préservatif pendant certaines périodes (par exemple dans les jours qui suivent une chimiothérapie) ou dans certaines situations particulières. N’hésitez pas à demander des consignes précises à votre équipe soignante.

Oui. La fatigue, la douleur, les changements hormonaux, le stress peuvent diminuer le désir, parfois pendant plusieurs mois. Ce n’est pas un manque d’amour ni un manque de volonté. Si cette situation vous pèse, vous pouvez en parler à votre médecin ou à un psychologue/sexologue/thérapeute pour explorer des pistes d’aide.

Vous pouvez lui expliquer ce que vous ressentez, ce qui est possible et ce qui ne l’est pas pour vous aujourd’hui. Proposez-lui des gestes que vous jugez confortables (caresses, positions, moments de tendresse). Si le doute persiste, une consultation à deux avec un professionnel peut vous aider à poser des repères concrets.

Vous pouvez demander de l’aide dès que la situation vous fait souffrir, que vous évitez les contacts par peur ou par honte, que la sexualité devient une source de tension importante dans le couple, ou que vous vous sentez seul face à ces questions.

Thèmes Cancer
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Article rédigé par Aurore

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