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Deux maladies neuroévolutives, deux mécanismes distincts
La maladie d'Alzheimer et la maladie à corps de Lewy (MCL) font toutes deux partie des maladies neuroévolutives à l'origine de troubles cognitifs progressifs chez les personnes âgées. Cette proximité de symptômes explique pourquoi la MCL est encore aujourd'hui souvent confondue avec la maladie d'Alzheimer, ou parfois avec la maladie de Parkinson, alors que son origine et son évolution lui sont propres.
Dans la maladie d'Alzheimer, les troubles proviennent de l'accumulation de plaques amyloïdes et de la dégénérescence neurofibrillaire dans le cerveau, qui atteignent en premier lieu les zones liées à la mémoire.
Dans la maladie à corps de Lewy, ce sont des dépôts anormaux d'une protéine appelée alpha-synucléine, les corps de Lewy, qui s'accumulent à l'intérieur des neurones et perturbent la transmission de l'information nerveuse, entraînant une altération progressive du fonctionnement neuronal, selon des mécanismes distincts de ceux de la maladie d'Alzheimer.
Quelques repères
- La maladie à corps de Lewy toucherait, selon des estimations prudentes, environ 200 000 personnes en France (Fondation Recherche Alzheimer), un chiffre incertain et probablement sous-estimé compte tenu du sous-diagnostic important.
- Elle figure parmi les principales causes de démence d'origine neuroévolutive, après la maladie d'Alzheimer.
- Une part importante des cas ne serait pas identifiée, ou le serait tardivement, la maladie restant encore mal connue en dehors des équipes spécialisées.
Ces deux maladies partagent donc un terrain cognitif commun, mais elles se distinguent par la nature de leurs lésions, leur mode d'évolution et surtout par certains symptômes précoces qui, une fois connus, aident à orienter le diagnostic.
Des troubles cognitifs qui se ressemblent, jusqu’à un certain point
Au début de la maladie, les proches observent souvent des difficultés de concentration, une désorientation dans le temps ou dans l'espace, des idées qui deviennent confuses. Ces manifestations, communes aux deux pathologies, sont naturellement rapprochées de la maladie d'Alzheimer, la plus connue du grand public. Deux éléments permettent pourtant de nuancer ce premier constat.
Des fluctuations cognitives beaucoup plus marquées dans la MCL
Dans la maladie d'Alzheimer, le déclin cognitif suit généralement une évolution progressive et relativement régulière. Dans la maladie à corps de Lewy, à l'inverse, l'état de la personne peut varier de façon nette d'un moment à l'autre : une phase de lucidité et de conversation cohérente peut être suivie, en quelques heures, d'un épisode de confusion importante. Ces fluctuations sont l'un des signes les plus caractéristiques de la MCL, même si elles peuvent aussi, plus rarement, s'observer dans la maladie d'Alzheimer.
A retenir
Des variations importantes et imprévisibles de la vigilance et de la lucidité, sur une même journée ou d'un jour à l'autre, orientent davantage vers une maladie à corps de Lewy que vers une maladie d'Alzheimer. Un épisode confusionnel doit néanmoins toujours être éliminé devant des fluctuations de la vigilance.
Une atteinte différente de la mémoire, au moins au début
Dans la maladie d'Alzheimer, la perte de mémoire récente est le plus souvent le premier symptôme visible, et s'aggrave progressivement. Dans la maladie à corps de Lewy, la mémoire à court terme est en général moins touchée dans les premiers temps : ce sont davantage l'attention et la vigilance qui sont perturbées, ce qui peut donner l'impression, à tort, que les capacités de la personne (fonctions exécutives, visio-spatiales) varient sans raison apparente. (Elles souvent supérieures aux troubles de la mémoire au début de la maladie).
Ces repères sont des tendances générales observées dans la littérature médicale, pas des critères absolus : chaque situation reste particulière. Seule une évaluation par un médecin, idéalement au sein d'une consultation mémoire, permet de poser un diagnostic fiable.
Les signes qui orientent vers la maladie à corps de Lewy
Au delà des troubles cognitifs, plusieurs manifestations sont souvent associées à la maladie à corps de Lewy et aident les professionnels de santé à l'identifier :
- Des hallucinations visuelles précoces et détaillées (personnes, animaux, silhouettes), qui apparaissent souvent dès les premiers stades de la maladie, alors qu'elles restent plus rares et plus tardives dans la maladie d'Alzheimer.
- Des symptômes parkinsoniens présents dès le début : rigidité musculaire, lenteur des mouvements, démarche instable, alors que ces signes sont peu fréquents et n'apparaissent en général que tardivement dans la maladie d'Alzheimer.
- Des troubles du sommeil paradoxal, avec une agitation nocturne ou des gestes parfois amples pendant le sommeil, qui peuvent précéder l'apparition des troubles cognitifs de plusieurs années.
- Un dysfonctionnement du système nerveux autonome (chutes de tension au changement de position, malaises), plus fréquemment rapporté dans la MCL que dans la maladie d'Alzheimer.
- Une sensibilité marquée aux médicaments neuroleptiques, qui peuvent provoquer une aggravation brutale des symptômes moteurs chez les personnes atteintes de MCL. Ce point est particulièrement important à signaler à toute équipe médicale amenée à prescrire un traitement.
Aucun de ces signes, pris isolément, ne suffit à confirmer un diagnostic. C'est leur association, et en particulier leur apparition précoce et simultanée, qui doit alerter et conduire à consulter un médecin, idéalement en lien avec une consultation mémoire ou un neurologue.
Pourquoi un diagnostic précis change concrètement la prise en charge
Différencier la maladie à corps de Lewy de la maladie d'Alzheimer n'est pas qu'une question de vocabulaire médical : cette distinction a des conséquences directes sur la sécurité et le confort de la personne malade.
Le risque des traitements inadaptés
Certains médicaments couramment utilisés pour apaiser l'agitation ou les hallucinations, notamment certains antipsychotiques, peuvent entraîner chez les personnes atteintes de MCL des réactions sévères, avec une aggravation marquée des troubles moteurs. C'est pourquoi il est essentiel que le diagnostic soit posé le plus précisément possible avant toute décision thérapeutique, et que cette sensibilité particulière soit connue de l'ensemble des professionnels intervenant auprès de la personne. Les traitements antipsychotiques ne doivent pas être utilisés sans observation médicale attentive.
Les examens qui aident à orienter le diagnostic
Le diagnostic repose d'abord sur un examen clinique approfondi et sur le recueil précis des symptômes observés par l'entourage, en particulier les fluctuations et les hallucinations. Il peut être complété par des examens d'imagerie cérébrale, ou par un examen plus spécifique appelé DaT-Scan, qui permet dans certains cas d'objectiver une atteinte du système dopaminergique. Ces examens apportent des éléments d'orientation, mais c'est l'évaluation clinique globale, réalisée par une équipe spécialisée, qui permet de poser un diagnostic.
Le rôle des consultations mémoire en Clinique de Soins Médicaux et de Réadaptation
Pour réaliser ce bilan, il n'est pas toujours nécessaire de passer par un centre hospitalier : certaines Cliniques de Soins Médicaux et de Réadaptation (SMR) disposent de consultations mémoire de proximité, assurées par une équipe pluridisciplinaire (médecin gériatre, neuropsychologue, infirmière en pratique avancée). C'est le cas par exemple du Centre de Réadaptation de l'Estuaire, à Nantes, dont la consultation mémoire s'adresse aux personnes de plus de 70 ans présentant une plainte cognitive, ainsi qu'aux personnes déjà suivies pour une maladie d'Alzheimer ou une pathologie apparentée, dont la maladie à corps de Lewy, nécessitant un suivi. L'accès se fait uniquement sur adressage du médecin traitant ou d'un spécialiste.
Conseil pratique pour les proches
Tenir un carnet simple notant les moments de confusion, les hallucinations éventuelles, la qualité du sommeil et les réactions à un éventuel traitement peut grandement aider le médecin à orienter son diagnostic. Ces observations, souvent minimisées par les proches, sont pourtant des indices précieux pour l'équipe médicale.
Accompagner un proche face à ces maladies neuroévolutives
Qu'il s'agisse d'une maladie d'Alzheimer ou d'une maladie à corps de Lewy, l'accompagnement au quotidien demande de la patience et une bonne connaissance des spécificités de chaque maladie. Dans le cas de la MCL, les fluctuations cognitives et les hallucinations peuvent être particulièrement déstabilisantes pour l'entourage, qui a parfois le sentiment de ne plus reconnaître son proche d'un moment à l'autre. Il est important de rappeler que ces variations font partie de la maladie et ne dépendent pas de la volonté de la personne.
Une prise en charge pluridisciplinaire et un environnement stable
Un accompagnement adapté associe généralement un suivi neurologique ou gériatrique régulier, des rééducations ciblées (kinésithérapie, orthophonie) selon les symptômes présents, et un soutien psychologique pour la personne malade comme pour ses aidants. Un cadre de vie stable, rassurant et adapté aux fluctuations de la maladie contribue à limiter l'anxiété et la confusion.
- Un projet personnalisé de soins construit avec la personne malade, ses proches et les équipes médicales et paramédicales.
- Des professionnels formés à la reconnaissance des maladies neuroévolutives et à leurs spécificités.
- Des activités culturelles et sportives adaptées, pensées pour s'ajuster aux capacités de la personne au fil de la journée.
Le recours à l'hôpital de jour en SMR pour la rééducation cognitive
Lorsqu'un bilan a permis d'identifier des troubles cognitifs, une prise en charge en hôpital de jour ou hospitalisation à temps partiel au sein d'une Clinique de Soins Médicaux et de Réadaptation peut être proposée, en complément du suivi à domicile ou en établissement. Ce format d'hospitalisation à temps partiel permet à la personne de rentrer chez elle chaque soir tout en bénéficiant, dans la journée, d'un parcours de rééducation coordonné, associant stimulation cognitive, orthophonie, psychomotricité, ergothérapie et activité physique adaptée, dans le cadre d'un programme de réadaptation construit avec les équipes médicales et paramédicales. Cette approche vise à maintenir l'autonomie de la personne le plus longtemps possible et à soutenir les aidants dans leur quotidien.
Le parcours mémoire en SMR

En SMR, les filières mémoire permettent un accompagnement global et personnalisé aux personnes atteintes de la maladie à corps de Lewy. Au Centre de Réadaptation de l'Estuaire à Nantes, nous proposons une consultation mémoire puis un programme de 12 semaines, avec des séances adaptées aux besoins de chacun. Nous accompagnons également les aidants, en leur apportant écoute, conseils et soutien tout au long du parcours.
Dr Gouraud-Tanguy
Médecin gériatre au Centre de Réadaptation de l'Estuaire
L’accompagnement chez LNA Santé
Au sein des EHPAD LNA Santé, chaque résident bénéficie d'un projet personnalisé de soins, construit avec les équipes médicales et paramédicales et adapté à ses besoins liés à son âge et/ou à sa maladie.. Pour les résidents présentant des troubles cognitifs avancés, une unité de vie protégée assure un accompagnement spécifique, avec des professionnels spécifiquement formés.
LNA Santé propose également, via ses trois plateformes de répit « Nid des Aidants » (Vendée, Essonne et Seine-et-Marne), un accompagnement dédié aux aidants confrontés à ces maladies au quotidien, pour souffler, échanger et être soutenus dans leur rôle.
Questions fréquentes
La maladie à corps de Lewy est-elle héréditaire ?
Dans la grande majorité des cas, la maladie à corps de Lewy survient sans antécédent familial identifié. De rares formes familiales ont été décrites, mais elles restent minoritaires. Avoir un proche atteint ne signifie donc pas, en général, un risque particulier pour le reste de la famille. En cas de doute, un médecin ou une consultation mémoire peut apporter des éléments d'information adaptés à chaque situation.
Comment la maladie évolue-t-elle dans le temps ?
L'évolution est progressive et variable d'une personne à l'autre, avec une alternance de phases plus stables et de phases où les symptômes s'accentuent. Il n'existe pas, à ce jour, de traitement permettant de guérir la maladie, mais un suivi médical régulier et un accompagnement adapté aident à soulager certains symptômes et à préserver la qualité de vie de la personne malade comme de son entourage.
Faut-il se méfier de certains médicaments pris sans ordonnance ?
Oui, cette vigilance est importante. Certains produits d'usage courant, comme certains antihistaminiques ou traitements contre les troubles digestifs vendus sans ordonnance, peuvent accentuer la confusion chez les personnes atteintes de maladie à corps de Lewy. Il est recommandé de signaler systématiquement au médecin et au pharmacien l'ensemble des traitements pris, y compris ceux qui ne sont pas prescrits, en particulier lorsqu'un diagnostic de MCL est posé ou suspecté.
Comment expliquer les fluctuations à l'entourage qui ne comprend pas ?
Il peut être utile de rappeler que ces variations de lucidité ne dépendent ni de la volonté ni de l'humeur de la personne malade, mais sont un symptôme de la maladie. Partager quelques repères simples avec la famille élargie, les amis ou les aidants professionnels aide souvent à désamorcer l'incompréhension. Les associations spécialisées, comme celles mentionnées en fin d'article, peuvent également accompagner les proches dans cette explication.
En savoir plus
- Association des Aidants et Malades à Corps de Lewy (A2MCL) : groupes de parole et information dédiée à la MCL.
- France Alzheimer : information, écoute et accompagnement des familles concernées par les maladies neuroévolutives.
- pour-les-personnes-agees.gouv.fr : portail public d'information sur l'accompagnement des personnes âgées et de leurs aidants.
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