Quitter la maternité après un deuil périnatal est souvent une nécessité, un besoin vital. Mais ce retour chez soi est aussi, très souvent, le moment où la réalité s’impose dans toute sa brutalité. À l’hôpital, il y a la sidération, trop d’informations, quelque chose d’encore irréel. Puis vient le retour à la maison, sans son enfant.
Marie Lancey, sage-femme à l’HAD Saint-Sauveur, le dit simplement :
« La patiente revient sans son bébé dans les bras, dans la maison où elle avait envisagé d’être avec son bébé dans les bras. »
Sa collègue Marion Lopez complète : « Le retour à domicile, c’est vraiment la réalisation de la perte de l’enfant. En fait, c’est bien vrai. »
C’est précisément dans cet entre-deux douloureux que l’HAD Saint-Sauveur, a construit, une réponse spécifique.
Éviter la rupture après l’hospitalisation
Il y a deux ans, une patiente confrontée au décès de son bébé à la suite de complications graves souhaitait absolument quitter le CHU, tout en ayant encore besoin de soins. Le CHU contacte l’HAD. La prise en charge s’organise. Très vite, l’équipe comprend que le besoin dépasse largement le plan médical.
« On s’est rendu compte qu’il y avait aussi une réelle nécessité sur le plan psychologique d’être plus soutenue et accompagnée. Sur le plan social aussi. » explique Marion Lopez.
Cette première situation a conduit l’équipe de l’HAD Saint-Sauveur à structurer un parcours d’accompagnement désormais proposé systématiquement aux patientes confrontées à une perte fœtale ou néonatale.
La première visite à domicile a lieu dès le lendemain de la sortie de l’hôpital ou de la clinique. Le suivi s’adapte ensuite aux besoins de chaque patiente... Certaines patientes ont besoin d’une présence quotidienne pendant plusieurs jours, quand d’autres nécessitent un accompagnement plus ponctuel. Les prises en charge peuvent durer de quelques jours à trois semaines. Mais quel que soit le rythme, le cadre reste le même : au moins trois visites par semaine, une disponibilité téléphonique permanente et la possibilité d’intervenir à tout moment si la situation l’exige. L’HAD assure une permanence médicale 24h/24 et 7j/7.
Au-delà des soins médicaux, un accompagnement global
L’équipe mobilisée réunit quatre sages-femmes, une assistante sociale, une psychologue et une médecin. Ce sont les sages-femmes qui pilotent le parcours, évaluent les besoins et déclenchent, si nécessaire, l’intervention de la psychologue ou de l’assistante sociale.
Car, dans ces situations, tout se superpose : la surveillance clinique du post-partum, le choc psychique, les démarches administratives entendues à l’hôpital dans un état de sidération, et la solitude face à un entourage souvent démuni. L’accompagnement s’étend aussi à l’entourage proche de la patiente : conjoint, fratrie, parfois les grands-parents.
L’idée défendue par Marie Lancey et Marion Lopez est simple mais exigeante : les patientes doivent être suivies par une ou deux sages-femmes référentes, pour éviter qu’elles aient à se livrer à chaque visage nouveau. Créer un lien stable. Être présent sans envahir.
Et surtout, précise Marie Lancey, leur signifier que « c’est ok que ça n’aille pas, qu’on prenne le temps que ça n’aille pas », à rebours d’une société qui pousse souvent, même maladroitement, à aller vite de l’avant.


Ce que l’association La Petite Émilie a changé
Pour renforcer cet accompagnement, l’équipe s’est tournée vers une association de parents endeuillés. La Petite Émilie, association de professionnels et de parents formant à l’accompagnement du deuil périnatal, est intervenue pendant quatre heures dans les locaux de l’HAD, devant dix-neuf professionnels du territoire (sages-femmes libérales et hospitalières, assistante sociale, puéricultrice).
Cette formation est venue enrichir et valider les intuitions de l’équipe apportant des repères théoriques sur les étapes du deuil et des témoignages très concrets de parents sur les formes de soutien les plus utiles. La formation a également fourni des supports remis directement aux familles. S’appuyer sur l’expérience des parents pour faire évoluer la pratique soignante : c’est tout l’esprit de ce dispositif.
Des résultats probants
En 2025, les deuils périnataux représentaient environ 10 % de l’activité HAD périnatale de l’unité. Les retours sont très positifs : les patientes expriment combien cet accompagnement a compté, combien elles se seraient senties seules sans lui, combien le fait de pouvoir parler de leur enfant à des professionnelles dédiées leur a été bénéfique.
Les sages-femmes ne prétendent pas effacer la douleur mais de faire en sorte qu’elle ne soit pas traversée seule.
Mais, ce qui frappe peut-être le plus, quand on échange avec ces deux professionnelles autour de ce dispositif de prise en soin, c’est leur sourire. Elles évoquent avec passion un sujet parmi les plus douloureux de la périnatalité, et qui y trouvent, précisément là, nulle part ailleurs, le sens le plus fort de leur métier.

« Un deuil qui est mal accompagné, ça a des conséquences sur toute une vie. »

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05/06/2026
4 min

