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La télémédecine : à la rencontre de deux pionniers

Les deux personnages suivants ont beau avoir un siècle d’écart, ils présentent de nombreux points communs.

Vous l'avez manqué ? Retrouvez l'épisode 1 de la télémédecine. 

Publié le 26.12.18 - Télémedecine

Willem Einthoven

Nous sommes au début du XXème siècle, nous allons suivre les aventures de Willem Einthoven crée le galvanomètre à cordes, l’un des premiers instruments capables d’enregistrer les faibles courants électriques produits par le cœur. C’est en quelque sorte, le premier électrocardiographe.

Les cardiaques du monde entier doivent beaucoup à Willem Einthoven qui a consacré sa carrière à l’approfondissement des mécanismes de l’électrophysiolyse. Grace à cette invention et à sa persévérance, de nombreux chercheurs ont commencé à étudier les fonctions et les maladies du muscle cardiaque. Depuis, l’ECG (électrocardiographie) s’est révélée être l’une des inventions médicales les plus importantes de tous les temps.

Les ancêtres juifs de W. Einthoven ont probablement émigré d’Espagne aux Pays Bas au 15ème siècle fuyant l’inquisition. Ils ont ensuite rejoint les Indes néerlandaises.

En 1860, Willem nait sur l’ile de Java, actuelle Indonésie. Le père et grand-père de Willem étaient médecins de l’armée des indes.

A la mort de son père, la famille de Willem retourne en Hollande et s’installe à Utrecht. Willem a alors 10 ans. En 1878, il entre à la faculté de médecine d’Utrecht pour suivre les traces de son père, selon son propre aveu.

Il s’oriente alors vers la physiologie et devient en 1886, professeur de physiologie à l’université de Leyde ou il enseignera jusqu’à sa mort. Il consacre d’abord ses études au mécanisme respiratoire. En 1892, il publie une première recherche importante sur la fonction des muscles bronchiques et sur l’asthme nerveux. En 1908, il écrit plusieurs articles dans le domaine de l’optique.

Très tôt dans sa carrière il fait d’importantes contributions à la science médicale, en particulier dans le champ de la vie de la respiration. L’étude du cœur humain était en fait à l’époque peu développée. Quant Einthoven se met à étudier les battements du cœur, il les enregistre à l’aide d’un électromètre et il enquête sur les principes théoriques de cet instrument. Considérant que le dispositif est très insuffisant il prospecte alors pour obtenir une stabilité nécessaire et corriger mathématiquement les résultats erronés dus à l’inertie l’appareil.

Avec la collaboration de nombreux élèves et de chercheurs, il explore le mécanisme sous tous ses aspects. Finalement, à force de travail, un premier galvanomètre à cordes est conçu qui ne comporte aucun des inconvénients des outils précédents. La qualité de lecture du galvanomètre à cordes conçu par Einthoven et la perfection technique de cet outil rivalisent encore aujourd’hui avec beaucoup d’électrocardiographes modernes.

C’est en 1893 qu’il utilise pour la première fois lors d’un congrès de la Deutsche médical association le terme « d’électrocardiogramme » pour l’interprétation transthoracique de l’activité électrique du cœur sur une période donnée.

En 1895 il met en évidence les 5 ondes P, Q, R, S, T que nous connaissons toujours aujourd’hui.

Pour récompenser cette grande découverte, il recevra le prix Nobel de médecine en 1924.

Entretemps, comme on l’a vu lors du premier épisode, le téléphone est inventé et apparait aux Pays Bas en 1876.

Et bien sûr Willem ne peut s’empêcher d’aller explorer cette invention ; en janvier 1905 il réalise le premier acte de télémédecine : il transmet de l’hôpital de LEYDE à son laboratoire situé à 1,5 kms, un tracé ECG via une ligne téléphonique, l’interprète et communique, toujours par téléphone, cette interprétation en retour : la télémédecine était née.

SAMU et Télémédecine : Louis Lareng 

Entre alors en scène, le deuxième personnage de cette histoire, le Professeur LOuis Lareng. Ce dernier est né en 1923 dans les Hautes Pyrénées. Il étudie à la faculté de médecine de Toulouse 1. Il a longtemps exercé à l'Hôpital de Purpan et a été Professeur d'anesthésie réanimation dès 1961 dans ce même hôpital.

Dans une interview du 24 01 2018 il raconte comment il a inventé et imposé le SAMU, 50 ans plus tôt :

« À l'époque, le nombre d'accidents de la route ne cessait d'augmenter. Les gens trouvaient déjà peu de place dans les services d'urgence qui étaient encombrés.

J'ai pensé qu'il était important que les blessés de la route reçoivent des soins le plus rapidement possible. Il fallait que le médecin puisse être au pied de l'arbre. Car il y avait aussi une loi qui interdisait aux médecins des hôpitaux de sortir de leurs murs. Les médecins pouvaient voir des gens mourir à quelques mètres d'eux. Cela ne pouvait pas durer. Je me suis dit, tu vas être ce médecin qui va sortir malgré la loi. J'ai trouvé des complices pour m'aider, et notamment un concierge de l'hôpital qui m'accompagnait à toute heure du jour ou de la nuit. Tout cela se faisait en cachette, à Toulouse.

J'ai même fini par être convoqué par le conseil de discipline ! Et il se trouve que, la veille de cette convocation, j'avais sauvé le fils de la personne qui devait prendre des sanctions contre moi. Je le trouve à l'hôpital auprès de son fils, et je reçois un appel d'urgence. Je lui passe le téléphone. Finalement, le père me dit : « allez-y !». Ce jour-là, j'ai gagné le Samu ! Mais il a fallu attendre 1986 pour généraliser le Samu partout en France, avec les services d'urgences »

Le service du SAMU fait son apparition pour la première fois sous cette appellation dans un compte rendu de commission administrative des hôpitaux de Toulouse en 1968. Il sera officialisé en 1986 lorsque Louis Lareng en tant que député fera adopter la loi « Lareng ».

Mais c’est au Canada qu’il découvre et comprend tout l’intérêt que la télémédecine pouvait présenter pour des populations réparties sur d’immenses territoires et pour lesquelles l’accès à un médecin était très difficile. Il crée alors l’institut européen de télémédecine en 1989 avec une première activité entre l'hôpital Rangueil à Toulouse et l'hôpital Combarel à Rodez, permettant aux patients une meilleure prise en charge des spécialités médicales.

Depuis il n’a eu de cesse de promouvoir cette forme de médecine tant en France qu’en Europe ou sur le plan international. En 2001, répondant à une question d’un journaliste : « selon vous la télémédecine marque le pas aujourd’hui ? » :

 « Les opérateurs doivent sentir qu’il existe un besoin de matériel pour produire et faire de nouveaux investissements. Ce n’est pas le cas. On parle de télémédecine plus que l’on n’en fait. Nous sommes à une nouvelle croisée des chemins en télémédecine.

En 1966, trois expériences ont eu lieu, à un mois d’intervalle, sans concertation : aux Etats-Unis (dans l’Alaska), en URSS, et à Toulouse, dans mon service. C’était le début de la télémédecine, la première révolution qui a associé voix et données animées. Nous avons transmis un électrocardiogramme, tension artérielle et respiration. Nous avons fait cela avec Marcel Dassault qui prévoyait de se développer dans l’électronique médicale à l’époque. Après cette expérience réussie, il a voyagé pour promouvoir son système, au Canada, aux Etats-Unis. Personne n’a été preneur.

Entre la fin des années 1960 et le début des années 1990, la télémédecine ne s’est développée que lentement. Le début des années 1990 a marqué une seconde révolution, la télémédecine a été en mesure de conjuguer voix, données et image animées et simultanées. Il s’agit de la « vraie télémédecine », celle dont on parle aujourd’hui. 

Nous sommes à une nouvelle croisée des chemins, pour le développement et l’amélioration des matériels mis en place dans les années 1990. Les améliorations portent sur la miniaturisation, le débit (débit suffisant à un coût modéré car le débit satellitaire est cher et pénalise les pays en développement), ainsi que sur les sources électriques sur place pour les pays en développement…

Pour que la télémédecine continue de se développer, il faut d’une part qu’elle trouve des moyens de financement pour son fonctionnement et d’autre part que le prix des communications baisse, communications filaires ou par satellite. Sans cela, les industriels arrêteront d’investir, ils ne feront pas d’effort pour miniaturiser le matériel, produire les dispositifs permettant d’aller au domicile du patient… »

En 2018 à 95 ans Louis Lareng parle encore de son cheval de bataille qu’est la télémédecine :

« Je tiens à préciser que la télémédecine est un acte médical et ni un outil ni un logiciel ! Aujourd’hui elle connait un grand développement. Elle a été intégrée au plan pour la santé de l’actuel gouvernement et va être remboursée par l’assurance maladie… »

On comprendra pourquoi je pense que ces deux personnes ont des liens évidents et qu’ils sont des pionniers :

  • Tous les deux sont médecins et professeurs de médecine
  • Tous les deux ont été d’abord des inventeurs, leurs découvertes sont pour nous médecins nos compagnons quasi quotidiens
  • Tous les deux, à partir de ces inventions sont devenus des adeptes de la télémédecine
  • Ils ont tous les deux étudié et enseigné dans des universités très anciennes très innovantes et très célèbres :

L'université de Leyde ou de Leiden (en néerlandais, Universiteit Leiden, (UL) est la plus ancienne des universités néerlandaises. Basée à Leyde mais possédant un campus à La Haye, elle est l'une des universités les plus réputées au monde

Pour remercier les habitants de Leyde de leur résistance héroïque contre les Espagnols, le prince Guillaume d'Orange leur offrit une université en 1575. L'université de Leyde fut la première université néerlandaise et ouvrit officiellement le 8 février 1575 : le dies natalis. À partir de 1681, sous l'impulsion de Charles Drelincourt le jeune, l'université de Leyde se mit à enseigner la médecine d'une nouvelle manière : les cours magistraux ne s'organiseraient plus autour des Anciens (au sens médiéval du terme), mais autour de sujets médicaux, illustrés par l'examen clinique des malades et par des autopsies

Ce fut Hermann Boerhaave qui développa pleinement cette pratique nouvelle, ce qui le fait regarder comme le fondateur de l'hôpital universitaire moderne et de la médecine clinique, ou plus exactement de l'enseignement médical au chevet des malades. Sa renommée parmi ses contemporains fut immense : lorsque Pierre le Grand vint dans les Pays-Bas en 1715, il assista à ses cours.

L’université de Toulouse fut l’une des plus importantes et des plus anciennes universités médiévales françaises. Elle fut fondée en 1229 par le comte de Toulouse, Raimond VII, à la suite du traité de Meaux. Supprimée à la Révolution, en 1793, elle fut refondée en 1896 dans le cadre de la réorganisation de l'enseignement supérieur.

Elle disparut finalement en 1969 en donnant naissance aux trois universités toulousaines actuelles : l'université Toulouse-I-Capitole, l'université Toulouse-II-Jean-Jaurès et l'université Toulouse-III-Paul-Sabatier, ainsi qu'à l'institut national polytechnique de Toulouse.

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